Tabous et enjeux autour de l’ethnicité maghrébine dans le système politique français

Par Vincent Geisser, Schérazade Kelfaoui,
Respectivement chercheur à l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain de Tunis et chercheuse associée au Centre de Recherches et d’Analyses Géopolitiques de l’Université de Paris VIII.
Lundi 27 Mars 2006, Source original de l’article : Revue Européenne des Migrations Internationales, volume 14, n° 2, 1998, p. 19-32.

Ethnicité et politique en France : les « liaisons dangereuses »
La relation entre ethnicité et politique suscite encore aujourd’hui de nombreuses réticences et résistances dans le champ des sciences sociales, évoquant pour la majorité des chercheurs français la résurgence d’une anthropologie passéiste, inapte à décrire la « réalité hexagonale ». Cette posture normative explique le faible développement des études sur les rapports inter-ethniques et sur le rôle des institutions publiques dans la « production quotidienne » d’ethnicité. À de rares exceptions près1 , les intellectuels français préfèrent se réfugier dans la fiction d’une « spécificité radicale » du modèle républicain, l’associant à l’idée d’une supériorité de notre système d’intégration sur celui de nos voisins européens. Au-delà des querelles d’écoles, des conflits paradigmatiques et de la remise en cause des grands systèmes explicatifs2 , il se dégage un certain unanimisme pour célébrer les vertus de l’intégration à la française et diaboliser dans un même élan les expériences étrangères. Le comparatisme à l’échelle européenne n’est sollicité que pour mieux souligner le bien-fondé moral et idéologique de notre entreprise national-étatique et mettre en garde les « politiques » quant aux risques d’anglo-saxonnisation de notre corps social3. Le discours récurrent sur la Nation4 , tant dans sa version « national-patriote » que dans sa version « multiculturaliste tempérée » paraît fonctionner chez les intellectuels français comme une forme de compensation symbolique au sentiment d’impuissance face à la crise économique. Nous retrouvons d’ailleurs cette tendance « lourde » dans l’approche tourainienne de l’ethnicité qui traite celle-ci simultanément comme un symptôme de la post-modernité, allant dans le sens de l’affirmation du sujet, et comme la conséquence néfaste de la situation socio-économique actuelle, susceptible d’engendrer des formes de repli communautaire5.
En définitive, en France, le discours des sciences sociales reste obéré par l’obsession de la cohésion nationale, du mieux intégrateur, s’interdisant ainsi de penser l’ethnicité comme une dimension par d’autres de la régulation sociale. Mais ce « refus de l’ethnicité » est aussi traversé par un courant paradoxal qui consiste chez la plupart des auteurs à tenir un discours universaliste sur l’immigration, tout en investissant leur objet d’une forte charge culturaliste, comme si le recours à des variables culturelles redevenait légitime dès lors qu’il s’agit de parler des « Maghrébins » ou des « Africains ». Par une sorte d’ironie propre aux sciences sociales, les tenants d’un certain nationalisme sociologique contribuent aujourd’hui à diffuser des lectures ethniques des rapports socio-politiques, déclinées le plus souvent sur un mode dramatique 6.
Aussi, convient-il de s’interroger sur les raisons plus profondes de cette méfiance hexagonale à l’égard de l’ethnicité, tout en refusant de céder à la tentation du procès d’intention 7.
Soulignons en premier lieu les retombées sur le plan de l’éthique savante du processus de décolonisation et du génocide perpétré par les nazis. En France, la critique intellectuelle des crimes et des exactions commis par les États européens s’est d’abord portée sur l’entreprise coloniale en Afrique et en Asie. Les auteurs de l’Après-guerre se sont surtout attachés à dénoncer les effets destructeurs du colonialisme et de l’impérialisme occidental, synonyme pour eux de disparition des ethnies et donc d’ethnocide : « l’Occident est ethnocidaire parce qu’il est ethnocentriste, surtout parce qu’il est étatique et que l’État refuse le multiple »8 . Mais, dans le même temps, cette dénonciation des courants ethnocidaires renferme un paradoxe : les intellectuels français entendent célébrer la mémoire des « ethnies disparues » tout en occultant les réalités ethniques présentes, identifiées à la volonté de l’ancien colonisateur de « diviser pour mieux régner ». En ce sens, derrière la polémique actuelle sur les « usages scientifiques » de l’ethnicité se profile la crainte du retour d’une idéologie culturaliste et racialiste, dont l’anthropologie coloniale fut l’une des manifestations les plus saillantes.
La deuxième raison majeure de cette méfiance hexagonale à l’égard de l’ethnicité tient à l’omniprésence d’un comparatisme avec les sociétés anglo-saxonnes. Dans l’esprit de nombreux auteurs français, l’ethnicité – traduction du terme anglais ethnicity – continue à évoquer la société ghetto, la juxtaposition des communautés ethniques, situation qu’ils refusent précisément de voir se développer chez eux. Le « modèle américain » plane tel un fantôme sur le débat de l’intégration à la française, renvoyant à la vision alarmiste des discriminations raciales et de la fragmentation sociale9 . On se trouve ainsi dans une situation quelque peu originale : les chercheurs français polémiquent sur les effets pervers d’une notion qu’ils considèrent majoritairement comme étrangère à notre univers socioculturel (l’ethnicity des anglo-saxons), alors qu’aux États-Unis et en Grande-Bretagne, elle est depuis longtemps à l’origine d’un débat pluraliste au sein des sciences sociales10.
À travers notre réflexion sur l’ethnicité maghrébine dans le champ politique, nous souhaiterions dédramatiser la notion, en soulignant sa force opératoire. Ainsi, suivant la voie tracée par d’autres auteurs, nous cherchons à développer une problématique sociologique de l’ethnicité11 qui trouve des prolongements empiriques. En effet, notre propos ne répond pas exclusivement à une visée théorique mais également à une volonté de mettre en lumière la pluralité des énonciateurs et des producteurs d’ethnicité qui participent, de façon contradictoire, concurrente ou complémentaire à légitimer aujourd’hui ce processus d’ethnicisation du politique en France, bien que celui-ci ne soit jamais clairement assumé par les acteurs en présence : on fait en permanence de l’ethnicité sans le savoir, ou plutôt en faisant fi de l’ignorer12 .
Dans cette perspective, les questions du « vote maghrébin » et des « élites issues de l’immigration » nous sont apparues particulièrement significatives de ce paradoxe hexagonal qui aboutit à nier systématiquement la présence de phénomène d’ethnicité dans notre système politique, tout en cherchant à les instrumentaliser à des fins intégratrices. Les « communautés » ne sont célébrées (cf. l’utilisation du thème du dialogue judéo-arabe dans le champ politique) que pour rappeler l’efficacité du modèle français d’intégration. En ce sens, le discours dominant sur l’intégration républicaine est d’abord un discours communautaire qui s’ignore. À l’inverse du discours assimilationniste pur et dur, il ne prétend pas abolir les différentialismes à l’oeuvre dans notre société mais les agencer conformément à une prétendue « logique républicaine ». À travers les thèmes politico-médiatiques du « vote beur » et des « élites beurs », on voit se profiler chez les acteurs et les observateurs politiques hexagonaux cette double tentation à l’hyper-conformisme social (les Beurs voteraient et agiraient comme les autres électeurs français) et à la spécification cultuo-culturelle (par leurs origines nationales et leur appartenance religieuse, les Beurs développeraient un rapport particulier à la « chose politique »).
De l’instrumentalisation politique du « vote beur » au fantasme du « vote musulman »
En France, la persistance du discours sur un hypothétique « vote communautaire » n’est pas nouveau, puisque les débats ont également intéressé les Corses, les Italiens13 , les juifs 14 et plus récemment, les rapatriés d’Afrique du Nord15 . Pour les populations maghrébines de culture musulmane, les débats se sont situés, dans un premier temps, à un tout autre niveau, celui notamment des droits politiques des étrangers. Jusqu’à alors, la représentation du « Maghrébin » a été associée à celle du travailleur immigré, tenu à une stricte neutralité politique qu’il a du reste complètement intériorisé.
Mais avec le tarissement du mythe du retour, les immigrés sont apparus « à la fois comme objet et enjeu politique du discours partisan »16 . Ainsi, la fin des années soixante-dix est marquée par la polémique autour du droit de vote des étrangers aux élections locales. Si un certain nombre de personnalités, de gauche comme de droite, se sont prononcées en sa faveur17 , elles ont néanmoins été contraintes de reculer sous la pression de l’opinion publique, peu préparée à cette avancée politique.
Avec l’émergence des acteurs d’origine maghrébine issus des nouvelles générations, au lendemain des mouvements collectifs des années quatre-vingt, la thématique du droit de vote des immigrés a cédé progressivement la place à celle du « vote beur ». En une décennie, l’intérêt porté à la pseudo-visibilité18 des Français d’origine maghrébine dans le champ politique a quelque peu évolué. Si le Parti socialiste est la force politique ayant le plus instrumentalisé la « mouvance beur », la droite classique n’est toutefois pas restée indifférente. Quant au Front national, il porte de plus en plus une attention soutenue aux mouvements des enfants de Harkis, comme en témoigne sa présence lors des grèves de la faim à Paris19 . Bien qu’il revendique clairement l’application du droit du sang, le parti lepéniste n’hésite plus aujourd’hui à utiliser des Français d’origine maghrébine pour se dédouaner des accusations de racisme et de xénophobie. Dans le cadre de la nouvelle stratégie de « normalisation » mise en place par Bruno Mégret, le F.N. a soutenu, aux dernières élections régionales en Ile-de-France (mars 1998), l’investiture d’un Français d’origine maghrébine, ancien membre de l’association France-Plus. Cette candidature a constitué un véritable coup médiatique et politique dans un contexte général caractérisé par une certaine prudence des partis français sur la question de la participation politique des populations d’origine maghrébine 20.
Dès le départ, le débat autour du « vote beur » a donc comporté une forte charge idéologique, celui d’un vote plus ou moins spécifique, émanant d’une minorité (les Maghrébins). Ainsi, le « vote beur » a constitué un produit, porteur de sens politique, puisqu’il a été exploité par les différents acteurs partisans comme une sorte d’utopie mobilisatrice, donnant lieu à toutes sortes de spéculations. Dans le même temps, de manière paradoxale, il s’agissait de mesurer « objectivement », à travers ce produit politique, le degré d’intégration d’une population, incarnant pour la majorité des Français les « nouvelles classes dangereuses ».
En mai 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir marque une rupture avec les précédents septennats, caractérisés par un contexte sécuritaire21. La présence du Parti socialiste dans les plus hautes instances de l’État est aussitôt perçue comme « illégitime » par certaines composantes de la droite classique, lesquelles vont radicaliser son discours sur l’immigration durant les années d’opposition. Les différentes mesures de la gauche en faveur des populations issues de l’immigration (arrêt des expulsions, possibilité pour les étrangers de créer des associations, carte de séjour et de travail de dix ans, régularisation d’une partie des clandestins…) ont sans aucun doute encouragé l’expression publique des revendications des jeunes issus de l’immigration maghrébine, symbolisées par les « Grandes Marches » des années quatre-vingt. C’est dans ce contexte qu’il convient de comprendre l’émergence de deux mouvements associatifs concurrents comme SOS-Racisme (1984) et France-Plus (1985), créés à l’initiative de responsables socialistes. Pour mener à bien ces stratégies associatives, le Parti socialiste a besoin de relais qui, à l’époque, lui font encore défaut dans l’immigration maghrébine. Les mouvements beurs ont été salués comme porteurs d’une dynamique citoyenne et électorale, mais considérés comme peu fiables politiquement en raison de leur manque de structuration et surtout de leur aspiration à une certaine autonomie. C’est donc par le jeu des courants internes à l’organisation partisane que le PS va oeuvrer à la mise en place de ces relais associatifs à l’échelon national22 . En effet, si ces nouvelles associations ont réussi à se structurer à l’échelon national, elles disposent néanmoins d’une faible assise locale.
À ses débuts, SOS-Racisme rencontre un succès fulgurant, notamment auprès des jeunes de banlieues, sensibles à la montée du racisme et à « l’ effet Le Pen ». Son badge de ralliement, représentant une petite main jaune sur laquelle on pouvait lire « Touche pas à mon pote », ses parrains, des intellectuels et des artistes médiatiques (Marek Halter, Bernard-Henri Lévy, Coluche, Simone Signoret, Yves Montand, Guy Bedos…) témoignent de la campagne de promotion dont a bénéficié l’association, le tout orchestré par Jacques Pilhan, publicitaire chargé de la communication de François Mitterrand. L’association, présidée par Harlem Désir jusqu’en 1992 et animée par Julien Dray (Nouvelle École Socialiste), est longtemps apparue comme un mouvement spontané et apolitique23 . En réalité, Julien Dray, soutenu par le courant de Laurent Fabius (le dauphin de François Mitterrand), souhaite contrôler la dynamique issue de la « mouvance beur » ou plus exactement la jeunesse issue de l’immigration maghrébine à travers le prisme mobilisateur de l’antiracisme24 . Pour parvenir à leurs fins politiques (faire leur place au sein du PS), les dirigeants de l’association vont recourir à un subtil « dosage ethnique », en instrumentalisant à la fois l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF), connue pour ses positions pro-sionistes, et quelques leaders d’origine maghrébine, qui seront placés à la tête de l’organisation, mais sans réel pouvoir de décision. Cette forte visibilité juive dissuadera de nombreux jeunes d’origine maghrébine qui finiront par identifier SOS-Racisme à une organisation « sioniste », déguisée en mouvement beur.
Concernant la relation entre ethnicité et politique, la stratégie de SOS-Racisme nous permet de faire plusieurs remarques, significatives du multiculturalisme officiel des années 1980-1990.
D’abord, elle a maintenu les Français d’origine maghrébine dans une représentation stigmatisante, celle d’une minorité ethnique au service du dialogue judéo-arabe.
Ensuite, elle a privilégié l’expérience des Conseillers étrangers associés25 , au détriment de la participation directe des enfants issus de l’immigration maghrébine aux institutions politiques françaises.
Enfin, d’une façon générale, elle a entretenu l’idée que les nouvelles générations étaient encore des « immigrés »26 , confortant ainsi une prise en charge politique de type paternaliste qui paraît directement héritée de la période coloniale.
Ces différents partis pris vont accélérer la crise interne de l’organisation se traduisant par le départ de nombreux leaders d’origine maghrébine et par des critiques de plus en plus vives, dénonçant les « effets pervers » de l’antiracisme médiatique.
L’émergence de France-Plus sur la scène publique contraint les dirigeants de SOS-Racisme à se repositionner tant du point de vue du discours que des actions dont la charge symbolique a produit du sens auprès des partis politiques français. En choisissant le registre de l’intégration politique (inscription sur les listes électorales, candidatures de Français d’origine maghrébine aux élections locales), France-Plus entend se démarquer clairement de SOS-Racisme.
À l’instar de sa rivale, elle bénéficie d’appuis de la part de certains courants du parti majoritaire. Présidée par Arezki Dahmani, Français d’origine kabyle, elle est créée en juin 1985 à l’initiative de Georges Morin27 qui, à l’époque, est chargé des « questions maghrébines » au sein du PS. La stratégie suivie par France-Plus consiste, au départ, à tenir un discours républicain « pur et dur », conforme à la tradition de la Troisième République. En ce sens, la démarche pragmatique prônée par la nouvelle association, apparaît tout à fait « exemplaire » aux yeux des pouvoirs publics, obsédés par la recherche d’interlocuteurs crédibles sur les questions d’intégration. Forte de ce consensus, elle va opérer un rapprochement avec les différents gouvernements, y compris avec ceux de droite qui, à partir de 1986, encouragent le retour à une politique sécuritaire.
Cette crédibilité de France-Plus en a fait un interlocuteur incontournable de la vie politique française, confortant son rôle de médiateur symbolique entre les pouvoirs publics et les populations issues de l’immigration maghrébine. En s’accaparant de la parole légitime en matière d’immigration-intégration, l’association a entretenu l’illusion d’un consensus communautaire, se déclinant sur plusieurs modes identitaires : réconciliation entre les enfants d’immigrés algériens et les enfants de Harkis (thème du pardon en référence à une histoire commune) ; dialogue entre les juifs et les Arabes (thème du dialogue judéo-arabe) ; et allégeance des individus d’origine étrangère aux idéaux de la Nation française (intégration républicaine). C’est dans ce contexte que France-Plus lance l’idée de parrainage de candidats issus de l’immigration maghrébine aux élections, avec en arrière-plan, le projet de devenir une sorte de force d’appoint ethnique au service des partis et des leaders politiques français. Le discours néo-assimaltionniste sur les bienfaits de l’intégration républicaine se trouve ainsi combiné, de manière paradoxale, à une mise en scène politico-électorale de l’ethnicité maghrébine.
Aujourd’hui, bien que ces associations médiatiques soient en perte de vitesse – France-Plus a été dissoute en 1996 -, les états-majors politiques et partisans ont largement intériorisé le fantasme d’un « électorat ethnique » qui agirait en fonction d’un habitus communautaire. Mais, contrairement aux années quatre-vingt, les stratégies électorales concernent moins l’échelon national, revêtant davantage une dimension localiste. Les enjeux autour d’un hypothétique « vote maghrébin » ou « vote musulman » s’esquissent désormais à l’échelle de la commune, du secteur et du bureau de vote28 . Nous avons pu constater l’émergence d’intermédiaires communautaires, dont la tâche principale est de capter des suffrages ethniques au profit d’un candidat, d’un parti ou d’une liste de coalition. Aussi, est-il fort probable que dans les années à venir, obnubilés par le « modèle américain » et la peur d’une contagion islamiste dans les banlieues, les états majors feront de plus en plus fréquemment appels d au service d’individus d’origine maghrébine, chargées de leur procurer des « votes communautaires ». Toutefois, il s’agit moins d’un communautarisme interne qui servirait directement les intérêts électoraux de leaders maghrébins que d’un communautarisme projectif au profit des organisations universalistes, à savoir, les partis politiques français.
Une telle situation souligne les difficultés pour les élites issues de l’immigration maghrébine à conquérir une légitimité dans l’espace politique français, libérée du prisme ethnique. C’est tout le paradoxe du traitement de l’ethnicité par notre système politique qui nie les communautés pour mieux les instrumentaliser.
Des élites d’origine maghrébine en situation de précarité politique
Notre recherche qui a porté principalement sur des conseillers municipaux et des dirigeants associatifs locaux et nationaux a mis en évidence la situation d’extrême précarité politique dans laquelle se trouvent ces nouvelles élites issues des migrations maghrébines29 . En effet, les différentes procédures de cooptation, d’élection et d’investiture reposent sur un paradoxe qui contribue à structurer la problématique de l’ethnicité à la française.
Les élites politiques et associatives d’origine maghrébine sont aujourd’hui sollicitées par les institutions françaises sur le registre de l’hyper-conformisme social. Par leur présence et leur action dans l’espace public, elles doivent témoigner du bon fonctionnement de notre modèle d’intégration républicaine et de sa capacité à s’adapter au nouveau contexte social. À ce niveau, l’ethnicité maghrébine fait l’objet d’une instrumentalisation purement symbolique venant signifier l’adhésion des acteurs politiques « légitimes » à un certain esprit de tolérance et d’ouverture, conforme à l’universalisme des Lumières : faire entrer des « Maghrébins » dans les institutions et les partis, c’est finalement se conforter dans la « douce » illusion démocratique d’une congruence entre la représentation politique et la composition de la « société civile ». Cette analyse n’est finalement pas très éloignée de celle qui est développée, à l’heure actuelle, à propos de la place des femmes dans les instances décisionnelles. La quête d’une congruence utopique aboutit à vider l’ethnicité maghrébine de tout contenu différentialiste, comme s’il s’agissait de coopter des femmes en politique, en espérant du bout des lèvres qu’elles renverront leur féminisme aux calendes grecques. Dans ce cas de figure, l’identité communautaire des élites d’origine maghrébine remplit la fonction d’ethnicité-caution ou d’ethnicité-alibi, attestant du souci de l’establishment politique français de s’ouvrir à de nouvelles franges de la population nationale (les banlieues, les cités urbaines, les « nouveaux immigrés »…), tout en réprimant les expressions trop visibles de particularismes. Certains esprits critiques verront ici une manifestation parmi d’autres de la « bonne conscience républicaine » permettant de sauver les apparences d’ouverture démocratique.
Par ailleurs, en cooptant des individus d’origine maghrébine dans les assemblées locales, les leaders politiques français nourrissent secrètement l’espoir d’encourager des formes aseptisées de médiation communautaire, susceptibles de pacifier le climat social. Du point de vue de l’organisation du travail politique et de la distribution des délégations, la tendance majoritaire a été de cantonner les élites d’origine maghrébine dans des tâches bien spécifiques, en rapport plus ou moins direct avec leurs filiations nationales et leurs origines sociales. Parce qu’ils sont perçus fondamentalement comme les représentants de « populations à problème », les élus issus de l’immigration se sont vus confier des dossiers pour lesquels ils n’avaient pas forcément de compétence. En effet, notre enquête dans les municipalités françaises a mis en évidence les limites de ce type de médiation communautaire qui contraint les élites d’origine maghrébine à recourir à des registres d’action publique d’autant plus difficiles à maîtriser qu’ils portent sur des thèmes sensibles : l’islam, les banlieues, la délinquance juvénile…
De plus, le principal effet pervers d’une telle conception de la médiation est de politiser à l’extrême des dossiers qui, au départ, relèvent de la gestion municipale au quotidien, c’est-à-dire des « professionnels » de la ville (fonctionnaires et experts des collectivités locales) ou du cabinet du maire.
D’une façon générale, ces expériences de médiation communautaire, via des élites issues de l’immigration, se sont soldées par des échecs cuisants, les condamnant à l’immobilisme politique ou à la démission pure et simple30 . Par exemple, en matière d’islam, les élus municipaux d’origine maghrébine se sont heurtés à la résistance des opérateurs islamiques (imams et dirigeants d’associations cultuelles), ces deniers, par souci d’efficacité, préférant traiter directement avec le maire ou l’administration municipale.
En définitive, l’expérience des Français d’origine maghrébine dans les assemblées locales n’a fait que renforcer leur situation de précarité sur le plan politique. Celle-ci est caractérisée par un balancement permanent entre une logique symbolique, consistant en une mise en scène quasi- folklorique de leur ethnicité et une logique de médiation communautaire qui, au bout du compte, révèle leur incompétence « ethnique » à gérer certains dossiers sensibles. Ce statu quo n’apparaît pas seulement comme une conséquence de la relative exclusion politique des populations maghrébines de France, mais constitue également la raison d’être de ces nouvelles élites. Un tel constat nous éclaire sur le traitement des particularismes culturels et religieux dans le système politique français qui oscille entre la folklorisation aliénante et l’instrumentalisation grossière des origines. À bien des égards, cette situation se rapproche de l’état d’impuissance, décrit par Marco Martiniello31 , à propos des leaders politiques italo-belges, même si le « cas français » se caractérise par un moindre ancrage communautaire des élites « ethniques ». En Belgique, les leaders d’origine italienne apparaissent comme « impuissants » sur le plan politique que parce qu’ils revendiquent clairement un rôle communautaire, tandis qu’en France cette revendication n’est qu’à l’état embryonnaire. En ce sens, les élites françaises issues de l’immigration maghrébine ne peuvent pas encore être taxées « d’impuissantes », dans la mesure où elles restent discrètes – tabou républicain oblige – sur leurs ambitions et leurs projets communautaires.
Toutefois, depuis quelques années, face aux profondes désillusions suscitées par les stratégies universalistes dans l’espace public et l’inefficacité électorale des candidatures « autonomes », la voie communautaire tend à devenir de plus en plus crédible pour certaines élites d’origine maghrébine à la recherche d’une reconnaissance politique locale et/ou nationale.
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Des élites, des leaders et des électeurs
Évoquer l’hypothèse d’une « voie communautaire » ne signifie pas pour autant céder à la vision fantasmatique d’un quelconque repli culturel et religieux. Au contraire, la « voie communautaire » est une manière pour ces élites françaises issues des migrations maghrébines de se positionner (ou se repositionner ?) au sein des organisations à problématique universaliste32 , en faisant valoir entre autres des ressources particularistes. Cette voie n’est ni nouvelle, ni originale, mais a déjà été expérimentée dans le passé par d’autres minorités culturelles et collectivités immigrées. Aujourd’hui encore, elle fait l’objet d’investissements spécifiques au sein des organisations universalistes33 , tels les partis politiques et les associations d’intérêt général.
Aussi, la question fondamentale n’est-elle pas de se demander si, dans les années à venir, il y aura davantage de « Maghrébins » dans les institutions politiques françaises, mais dans quelle mesure les « nouveaux promus » oseront ou non recourir à des registres particularistes pour se bâtir une position d’éligibilité.
Dès lors, il s’agit de réfléchir sur la possibilité pour ces élites d’origine maghrébine d’articuler plusieurs registres d’action politique, sans perdre de vue la question centrale de l’élection et de leur capacité à négocier des « réserves de suffrages ethniques » auprès des organisations partisanes et des listes de candidature. Certes, ces négociations ne se feront pas toujours sur des critères d’ethnicité ; on peut penser qu’elles intégreront aussi des référents plus universels, communs à l’ensemble des élites politiques françaises. Mais, dans des contextes politiques locaux, marqués par des lectures ethniques des rapports sociaux et par la montée du Front national, il est fort probable que l’ethnicité joue un rôle majeur dans la recherche de soutiens politiques et la constitution de clientèles électorales.
C’est d’ailleurs dans cette direction que travaillent actuellement de nombreux militants politiques issus de l’immigration maghrébine. Ayant perdu toute illusion quant à la présentation de listes autonomes aux élections locales et surtout lassés d’être instrumentalisés sur un mode exotique par les partis, ils recherchent aujourd’hui une position de force dans les organisations universalistes. Leur crédibilité politique et électorale passe désormais par leur ethnicité, déclinée sur un mode stratégique et universel : élites politiques sans assise électorale, elles aspirent de plus en plus à devenir des leaders34 exerçant une relation d’autorité sur des suiveurs. C’est en ce sens, au-delà de tout discours normatif sur le modèle républicain français, qu’il convient d’approfondir l’hypothèse sociologique de la « voie communautaire » qui ne se limite pas exclusivement à la tentation archaïque du repli ethnique et religieux.
* Avec l’autorisation de l’auteur
NOTES

  1. Certains auteurs n’hésitent plus aujourd’hui à se référer au concept d’ethnicité dans le cadre de leurs investigations sur la société française. On citera entre autres John Crowley, Vincent Geisser, Michel Giraud, Philippe Poutignat, Jocelyne Streiff-Fenart, Véronique de Rudder, Hervé Vieillard-Baron, Geneviève Vinsonneau, Michel Wievorka… Cf. la synthèse des études sur l’ethnicité en France de Jocelyne Streiff-Fenart, « Les recherches interethniques en France : le renouveau ? », Migrants-Formation, n°109, juin 1997, p. 48-65.
  2. Philippe Corcuff, Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, Collection « Sociologie 128 », 1995.
  3. Dominique Schnapper et Henri Mendras, Six manières d’être Européens, Paris, Gallimard, 1990.
  4. Pour une critique pertinente de la dérive nationaliste des sciences sociales, on se reportera à l’article de Françoise Lorcerie, « Les sciences sociales au service de l’identité nationale : le débat sur l’intégration en France, au début des années 1990 », dans Denis-Constant Martin (dir.), Cartes d’identité, Paris, Presses de Sciences Po, 1995.
  5. Alain Touraine, Critique de la modernité, Paris, Fayard, 1992.
  6. On se référera à l’ouvrage d’Yves Lacoste, Vive la Nation, destin d’une idée géopolitique, Paris, Fayard, 1997. Dans un paragraphe intitulé « Le danger des replis identitaires », l’auteur écrit : « Ce repli identitaire, qui réduit la nationalité française à une commodité administrative, conduit déjà certains mouvements associatifs à revendiquer la reconnaissance des droits d’une minorité musulmane ou arabe en France, et pour commencer dans certaines localités. Cette tendance est favorisée par l’intérêt que l’on porte dans les milieux intellectuels à toutes sortes de mouvements identitaires considérés comme l’expression de la modernité et de la démocratie », p. 61.
  7. Nous reprenons ici l’argumentation développée dans notre ouvrage, Vincent Geisser, Ethnicité républicaine : les élites d’origine maghrébine dans le système politique français, Paris, Presses de Sciences Po, 1997.
  8. Madeleine Grawitz, « Ethnocide », Lexique des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1991, p. 154.
  9. Pour illustrer ce rapport ambivalent au « modèle américain », citons une nouvelle fois Alain Touraine : « Tout ce qui est territorial, local, situé dans l’espace, a toujours donné lieu à une forte créativité et suscité l’imagination aux États-Unis. Mais, je le répète pour le meilleur et pour le pire : le pire ce sont les luttes interethniques, la corruption qui est l’élément fondamental de mobilité sociale des minorités ethniques, des Italiens d’abord, selon l’ordre d’arrivée », « Face à l’exclusion », Esprit, février 1991, p. 10.
  10. Il est nécessaire de dépasser l’idée que les auteurs anglo-saxons seraient tous des défenseurs inconditionnels de la notion d’ethnicité, par opposition aux auteurs français attachés au « modèle républicain ». Sur ce point, cf. John Crowley, « Ethnicité, nation et contrat social », dans Gil Delannoi et Pierre-André Taguieff (dir.), Théories du nationalisme, Paris, Éditions Kimé, 1993.
  11. Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart, Les théories de l’ethnicité, Paris, PUF, Collection « Le sociologue », 1995 et Marco Martiniello, L’ethnicité dans les sciences sociales contemporaines, Paris, PUF, 1995.
  12. Vincent Geisser, « La mise en scène républicaine de l’ethnicité maghrébine : discours d’État, discours d’acteurs ? », communication écrite à la Table Ronde « Citoyenneté et Territoire », coordonnée par Catherine Neveu, Roubaix, les 10 et 11 décembre 1997.
  13. Sur les réseaux politiques italiens et corses dans l’entre-deux guerres, cf. Bernard Morel et Philippe Sanmarco, Marseille l’endroit du décor, Aix-en-Provence, Édisud, 1985.
  14. Le thème du « vote juif » n’est pas exclusivement le produit de la propagande antisémite. Il a également été l’objet de discussions contradictoires au sein des institutions communautaires juives à propos d’éventuelles consignes de vote aux élections locales et nationales. Cf. Sylvie Strudel, Votes juifs, itinéraires migratoires, religieux et politiques, Paris, Presses de Science Po, 1996.
  15. Certains politologues commencent à développer une réflexion embryonnaire sur le « vote pied-noir » en relation avec l’implantation du Front national dans la France méridionale. Cf. entre autres Pascal Perrineau, Le symptôme Le Pen, radiographie des électeurs du Front national, Paris, Fayard, 1997.
  16. Catherine Wihtol de Wenden, Les immigrés et la politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1988, p. 256.
  17. Cf. la proposition n° 80 du programme du candidat François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 : « L’égalité des droits des travailleurs immigrés avec les nationaux sera assurée (travail, protection sociale, aide sociale, formation continue). Droit de vote aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire national. Le droit d’association leur sera reconnu ».
  18. Nous faisons référence ici au décalage entre l’effet d’annonce suscité par le discours politique et les actes qui ont suivi. Aujourd’hui, la présence des Français d’origine maghrébine dans les plus hautes instances de l’État est encore faible. Quant aux expériences locales, elles se sont généralement soldées par des échecs et des désillusions pour ceux qui, au lendemain des « Grandes Marches » (1983, 1984 et 1985), avaient joué la carte de l’intégration politique par le biais des grands partis.
  19. Ces grèves de la faim, à l’initiative d’un certain nombre de jeunes décidés à aller jusqu’au bout de leur démarche visant à faire reconnaître officiellement le « drame harki », ont commencé à la fin du mois d’août 1997 et se sont arrêtés à la mi-mai 1998. Un chapiteau des grévistes avait notamment était dressé sur l’Esplanade des Invalides.
  20. Au cours de notre enquête, nous avions rencontré plusieurs fois ce candidat FN d’origine maghrébine. Ancien sportif de haut niveau d’origine algérienne, il avait été président du Comité France-Plus Paris avant de créer sa propre association, Arabisme et Francité. Celle-ci défend clairement une stratégie communautaire, visant à promouvoir un pôle arabe dans la société française, susceptible de contrebalancer l’influence « néfaste » d’autres communautés minoritaires (les juifs, les Asiatiques, les Kabyles…). Par ailleurs, cet individu d’origine maghrébine nous avait clairement déclaré, à l’époque, sa volonté d’ouvrir un dialogue avec le Front national. Cf. dans l’ouvrage de Vincent Geisser, Ethnicité républicaine, le chapitre 9 : « De la critique radicale du multiculutralisme d’État », Paris, Presses de Sciences Po, 1997, p. 197-206.
  21. Arrêt total de l’immigration à partir de 1974, sanction des employeurs embauchant des clandestins, reconduites aux frontières des immigrés entrés illégalement sur le territoire français, renforcement du contrôle aux frontières, expulsion des jeunes issus de l’immigration ayant commis des délits.
  22. Schérazade Kelfaoui, « Le comportement électoral des Français d’origine maghrébine à Saint-Denis », dans Jean-Paul Brunet (dir.), Immigration, vie politique et populisme en banlieue parisienne (fin XIXe-XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 1995 et « Un vote maghrébin en France ? », Hérodote, n° 80, janvier-mars 1996.
  23. Le jour de l’arrivée de Convergence 84 pour l’Égalité à Paris, Place de la République, le 1er décembre 1984, le badge « Touche pas à mon pote » était distribué par des militants du Mouvement de la Jeunesse Socialiste (MJS).
  24. Sur le mythe de la création de SOS-Racisme, cf. l’ouvrage critique de Serge Malik, Histoire secrète de SOS-Racisme, Paris, Albin Michel, 1990.
  25. Cette expérience permet aux communautés étrangères d’être représentées politiquement et de participer aux débats des conseils municipaux. SOS-Racisme s’est montré favorable à la généralisation de ce type d’initiative, inaugurée à Mons-en-Baroeul (Nord). En fait, l’idée sous-jacente à cette démarche est la thèse d’une nécessaire éducation politique des immigrés, préalable au passage à une citoyenneté pleine et entière. L’humanisme qui se dégage d’une telle conception n’est pas exempte d’une vision paternaliste, voire même misérabiliste, rejetée par la plupart des jeunes issus de l’immigration maghrébine.
  26. À ce propos, cf. l’ouvrage de Harlem Désir, SOS-Racisme SOS-Désirs, Paris, Calman-Lévy, 1987.
  27. Ce Pied-noir d’Algérie est un proche de Louis Mermaz dont il a été le conseiller dans différents ministères.
  28. Cf. Vincent Geisser et Schérazade Kelfaoui, « Existe t-il un vote maghrébin à Marseille ? », Revue Méditerranéenne d’Etudes Politiques, n° 2, 1996 et Schérazade Kelfaoui, « Un vote maghrébin en France ? », Hérodote, op. cit.
  29. Pour les détails et les résultats de l’étude sociologique, se reporter à l’ouvrage Ethnicité républicaine, les élites d’origine maghrébine dans le système politique français, Paris, Presses de Sciences Po, 1997.
  30. Plusieurs conseillers municipaux ont démissionné en cours de mandat. Par ailleurs, aux élections municipales de 1995, un nombre relativement faible d’élus d’origine maghrébine du mandat précédent figuraient encore sur les listes de candidature.
  31. À propos des leaders d’origine italienne, Marco Martiniello écrit : « À l’instar de la communauté à laquelle il est lié, il n’est pas surprenant de constater que le leadership italien en Belgique est éclaté, fragmenté et diffus », Leadership et pouvoir dans les communautés d’origine immigrée, CIEMI-L’Harmattan, Paris, 1992, p. 167.
  32. Nous rejoignons ici Jean Leca lorsqu’il démontre qu’il peut y avoir une certaine compatibilité entre le civisme et les démarches particularistes. Si l’on définit le civisme comme l’ensemble des qualités morales qu’implique la citoyenneté, il n’existe pas de contradiction apparente avec certaines formes de communautarismes. La perspective défendue aujourd’hui par certaines élites d’origine maghrébine peut se résumer ainsi : « Pour devenir un bon citoyen français, il faut d’abord être intégré à sa communauté ». Cf. « Questions sur la citoyenneté aujourd’hui », Les Cahiers de l’animation, n° 38, p. 22.
  33. Jean Leca qualifie de groupes universalistes « les groupes qui se présentent comme l’incarnation de (ce qu’ils disent être) l’intérêt public, ou du moins comme habilités à concourir à son élaboration, et dont le recrutement n’est pas officiellement et légitimement fondé sur l’appartenance à un groupe de statut prescrit (par exemple la langue, la couleur de la peau), dans « Une capacité d’intégration défaillante », Esprit, juin 1985, p. 11.
  34. La notion de leader s’insère dans une dynamique groupale et suppose le développement de relations d’autorité ou d’influence entre une personnalité et des suiveurs (followers). Cette dynamique groupale peut précisément se fonder sur des référents ethniques, culturels ou religieux. Cf. Colette Ysmal, « Élites et leaders », dans Madeleine Grawitz et Jean Leca (dir.), Traité de science politique, Paris, PUF., 1985, p. 603-642.

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