Pour des universités des quartiers populaires

Savoir pour agir. Agir pour savoir. Enseignant-e-s, chercheur-e-s, militant-e-s associatifs, syndicaux et/ou politiques, il nous faut, contre les divisions académiques et institutionnelles établies, et contre ce nouvel obscurantisme qui prospère, conjuguer nos forces, organiser et multiplier les universités des quartiers populaires. Un lien actif à la fin du texte permet de signer cet appel.

De nombreux enseignant-e-s, chercheur-e-s, militant-e-s associatifs, syndicaux et/ou politiques conduisent des enquêtes, rédigent des articles et des ouvrages sur des sujets variés en fonction de leurs compétences et de leurs centres d’intérêts. Trop souvent, hélas, ces connaissances, ces savoirs et ces savoir-faire restent confinés dans les institutions et les cercles où ils ont été élaborés et acquis. Et ce ne sont pas les multiples « universités » dites « populaires » qui modifient significativement cette situation. Au vrai, certaines d’entre elles n’ont de populaire que le nom faute de permettre la participation effective de celles et ceux qui, pour des raisons diverses – sociales et/ou ethnico-raciales -, ont été exclus de l’enseignement secondaire et supérieur.

Jeunes, ils ont été et sont toujours victimes de nombreuses discriminations qui affectent gravement leur vie quotidienne, compromettent durablement leur avenir personnel et professionnel, et ruinent ainsi leurs espoirs. Adultes, les conditions qui leur sont imposées n’ont pas ou peu changé, voire même se sont aggravées. Habitants des quartiers populaires, ils sont le plus souvent stigmatisés en raison de leurs origines étrangères et de leur religion – l’islam – réelles ou supposées. Traités comme les nouvelles classes dangereuses du XXIème siècle, ils sont réputés menacer la République et la laïcité. De là, entre autres, des contrôles policiers incessants et de nombreuses violences physiques et symboliques commises, en toute impunité, par les forces de l’ordre. La République veut être respectée, comme le répètent en chœur ses défenseurs prétendus, qu’elle commence par être respectable dans les quartiers populaires en étant fidèle à ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

Alors que de l’extrême-droite au premier ministre Manuel Valls, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent, après les attentats du 13 novembre 2015, pour dénoncer avec virulence les sciences sociales et humaines accusées de développer une « culture de l’excuse », il est impératif de réaffirmer haut et fort la nécessité et l’utilité de ces dernières. Enseignant-e-s, chercheur-e-s, militant-e-s associatifs, syndicaux et/ou politiques, il nous faut, contre les divisions académiques et institutionnelles établies, et contre ce nouvel obscurantisme qui prospère, conjuguer nos forces, organiser et multiplier les universités des quartiers populaires avec celles et ceux qui seront intéressés. Savoir pour agir, agir pour savoir : eu égard aux involutions spectaculaires de la situation politique nationale et internationale ; il y a urgence.

Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire, dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014

M’hamed Kaki, fondateur de l’association culturelle « Les Oranges » www.lesoranges.com

Pour signer cet appel : http://www.petitions24.net

COMMUNIQUE DE PRESSE DE L’ASSOCIATION NATIONALE LES ORANGES

C’est avec stupeur et émotion que nous vivons les attentats qui ont frappé PARIS et ST DENIS hier soir.

Nos pensées vont tout d’abord aux familles des victimes, aux blessés et leurs proches.

Nous tenons à leur apporter tout notre soutien et toute notre solidarité dans ces graves moments qu’ils auront à surmonter.

Nous tenons également à saluer le grand dévouement et l’expertise professionnelle des équipes de secours et médicales ainsi que les forces de la puissance publique de notre pays qui sont intervenues très rapidement sur les lieux du drame.

Notre indignation est totale face à ces actes criminels insoutenables et inacceptables qui touchent des innocents.

Si la puissance publique doit créer les conditions d’une réflexion en profondeur sur les mesures de sécurité nécessaires pour protéger nos concitoyens, il nous parait aussi indispensable de nous questionner sur les causes de tels évènements aux niveaux national et international pour faire émerger l’apaisement nécessaire et surtout une sortie des guerres meurtrières qui frappent au quotidien de nombreux civils dans le monde.

 

Union, Solidarité, Fraternité et Détermination

doivent nous guider face à cette monstrueuse lâcheté.

 

Samedi 14 novembre 2015

Pour que cesse l’oubli

WP_20151017_032

Mardi 8 mai 1945. Dans la rue principale de Sétif en Algérie, de nombreux Algériens se rassemblent pacifiquement pour exiger la libération du dirigeant nationaliste Messali Hadj, défendre « l’Algérie libre » pour laquelle ils ont conçu un nouveau drapeau, symbole de leur lutte pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et pour l’indépendance.

Pendant plusieurs semaines, l’armée française et de nombreuses milices coloniales, composées de civils d’origine européenne, vont faire régner la terreur pour rétablir l’ordre colonial et défendre l’Algérie française. Bilan : des dizaines de milliers de victimes arrêtées, torturées et exécutées sommairement.

Depuis soixante dix ans, ces crimes de guerre et ces crimes contre l’humanité, commis par l’État et ceux qui le servaient, ne sont pas reconnus. Une telle situation est inacceptable, car elle ajoute à ces massacres l’outrage aux victimes, à leurs descendants et à leurs proches.

Pour que cesse cette injustice, longtemps soutenue par l’occultation des faits et un silence complice des autorités françaises, nous demandons la création d’un lieu du souvenir à la mémoire de celles et ceux qui furent assassinés, l’ouverture de toutes les archives relatives à ces terribles événements, et la reconnaissance par la République des crimes commis alors.

Nanterre, le 22 mars 2015
Olivier LECOUR GRANDMAISON et M’hamed KAKI

Visiter la page de l’autre 8 mai 1945

The Last Supper

 

Last-Supper1

Ahmed El Attar [9 – 15 novembre 2015]]

Avec le Festival d’Automne à Paris

 

Dans The Last Supper, l’auteur et metteur en scène égyptien, Ahmed El Attar réunit autour d’une table onze personnages d’une famille aisée cairote. Un repas ordinaire qui ne manque pas de croquer les travers d’une société qui tient à ses privilèges et prérogatives au mépris de l’intérêt général

 

Ahmed El Attar : un repas délité
Le 11 février 2011, la révolution mettait fin à la présidence d’Hosni Moubarak. Trois ans plus tard, le 8 juin 2014, l’ancien militaire Abdel Fattah al-Sissi prend les commandes. L’élite cairote ne s’en émeut pas. Cela n’a pas échappé comme mille autres détails apparemment insignifiants (comme la confiscation du discours par une élite) à l’auteur et metteur en scène Ahmed El Attar. Acteur culturel de la génération béton, très engagé au Moyen-Orient, directeur notamment du Downtown Contemporary Arts Festival dédié à la création indépendante de plus en plus menacée. Avec ses complices de toujours le compositeur Hassan Khan et le scénographe Hussein Baydoun, il donne sa propre vision de la Cène.

Réunis autour d’une table pour un banal souper, onze membres d’une même famille, de la nounou à la figure patriarcale du général, papotent pour tuer le temps. Cette table sert de poste d’observation au metteur en scène, terrible chroniqueur pour décrypter l’insouciance et la vacuité de la nukhba (l’élite en arabe), qui ne saurait renoncer à ses prérogatives de classe économiquement dominante. «Pour moi, dit Ahmed El Attar, le théâtre, en gros, l’art, est un container de la vie. L’image de la famille dresse un constat de la société. Le rapport entre ses membres et la souveraineté du père (…) correspond à celui existant entre le peuple et le président ».

Comme en écho à la prémonitoire Table verte de Kurt Jooss annonçant la montée du fascisme et la deuxième guerre mondiale, The Last Supper renseigne sur l’Egypte d’après Moubarak et ses nouveaux dirigeants. La bourgeoisie, autrefois éclairée, s’y délite.

> en savoir plus :

http://www.theatre2gennevilliers.com/2015-16/fr/saison/21-ahmed-el-attar-the-last-supper

Photo : © Mostafa Abdel Aty

Une conversation publique avec Ahmed El Attar animée par Laurent Carpentier, grand reporter au sein du service culture du journal Le Monde aura lieu jeudi 12 novembre dans le prolongement de la représentation. Entrée libre.

T2G – Théâtre de Gennevilliers

41 avenue des Grésillons – 92230 Gennevilliers

réservations / informations : 01 41 32 26 26

Métro ligne 13 – arrêt Gabriel Péri – sortie n°1 puis suivre les flèches rayées rouges et blanches de Daniel Buren / Navettes gratuites retour vers Paris certains soirs.
Arrêts desservis : Place de Clichy, Saint-Lazare, Opéra, Châtelet, République

1 5 6 7 8